Stéphane Gendron est chroniqueur du Journal de Montréal et maire de Huntington. Il a son propre blogue et son site personnel.
Et il dit des bêtises.
Voici ces bêtises, dans l’ordre où elles apparaissent dans le texte. (Prenez-vous un café… c’est un peu long).
1) « L’Église catholique – comme d’autres mouvements religieux organisés – a le mépris de la femme et la traite comme un être inférieur depuis des siècles. «
Sed Contra :Jean-Paul II, encyclique « Familiaris Consortio » (n.22) : « Au sujet de la femme, il faut noter avant tout sa dignité et sa responsabilité égales à celles de l’homme: cette égalité trouve une forme singulière de réalisation dans le don réciproque de soi entre les époux et dans le don d’eux-mêmes à leurs enfants; un tel don est propre au mariage et à la famille. Ce dont la raison humaine a l’intuition et ce qu’elle reconnaît est révélé en plénitude par la Parole de Dieu: l’histoire du salut, en effet, est un témoignage continuel et lumineux de la dignité de la femme.
En créant l’être humain «homme et femme», Dieu donne la dignité personnelle d’une manière égale à l’homme et à la femme, en les enrichissant des droits inaliénables et des responsabilités propres à la personne humaine. Puis Dieu manifeste la dignité de la femme de la façon la plus élevée possible en assumant Lui-même la chair de la Vierge Marie, que l’Eglise honore comme la Mère de Dieu en l’appelant la nouvelle Eve et en la proposant comme modèle de la femme rachetée. La délicate affection de Jésus envers les femmes qu’il a appelées à le suivre et auxquelles il a offert son amitié, son apparition le matin de Pâques à une femme avant de se montrer aux autres disciples, la mission confiée aux femmes de porter la bonne nouvelle de la Résurrection aux Apôtres, tout cela constitue des signes confirmant l’estime spéciale du Seigneur Jésus envers la femme. »
L’Église a toujours tenu en grande estime les femmes, comme en témoignent la reconnaissance des nombreuses saintes et martyres dès les premiers siècles, vénérées par toute l’Église.
2) « il existe toute une morale sexuelle qui fait des plaisirs de la chair une question douloureuse et controversée. »
Sed Contra : Catéchisme de l’Église Catholique n.2362 « Les actes qui réalisent l’union intime et chaste des époux sont des actes honnêtes et dignes. Vécue d’une manière vraiment humaine, ils signifient et favorisent le don réciproque par lequel les époux s’enrichissent tous les deux dans la joie et la reconnaissance » (GS 49, § 2). La sexualité est source de joie et de plaisir : ‘Le Créateur lui-même (…) a établi que dans cette fonction [de génération] les époux éprouvent un plaisir et une satisfaction du corps et de l’esprit. Donc, les époux ne font rien de mal en recherchant ce plaisir et en en jouissant…’ (Pie XII, discours 29 octobre 1951). »
3) À travers les siècles, la chrétienté a considéré le sexe comme intimement lié à la reproduction. Il s’agissait d’un mal nécessaire dont on ne pouvait tirer d’autres bénéfices.
Sed Contra : Que l’acte sexuel entre un homme et une femme soit intimement lié à la reproduction, cela va de soit. Affirmer le contraire serait idiot (ou comme le disait Paul VI de façon plus modérée : ‘ l’intelligence découvre, dans le pouvoir de donner la vie, des lois biologiques qui font partie de la personne humaine’). Mais que la chrétienté (?) ait affirmé qu’il s’agit d’un acte « dont on ne peut tirer d’autres bénéfices » est faux. L’Église compte même dans ses Saintes Écritures un poème érotique (le Cantique des Cantiques) !
« A la question fondamentale posée sur la nature du bien du mariage, Saint Augustin (Père de l’Église, IVe siècle) répond en écartant d’abord la thèse qui soutenait que l’unique raison de la bonté intrinsèque du mariage était la procréation: certainement, la procréation des enfants est un bien du mariage, mais elle n’en est pas la raison exclusive. Saint Augustin montre que la bonté originelle de l’union de l’homme et de la femme est enracinée dans la société naturelle que crée cette union: l’union conjugale, la société conjugale, qui possède en elle une orientation intrinsèque à la procréation (De Bono coniugali III,3). Si c’était la procréation des enfants qui était la cause exclusive de la bonté du mariage, et non la société conjugale de l’homme et de la femme en elle-même, alors on ne pourrait appeler mariage l’union de personnes âgées, ou l’union de personnes dont l’une serait stérile: alors que les années ont consumé la force de la jeunesse, la loi de l’amour conjugal persiste entre mari et femme. » (Sacrée Congrégation pour la famille)
4) Le sexe est devenu sale et gênant. D’ailleurs, le plaisir demeure toujours dans la liste des péchés capitaux rattachés à l’être humain. Rien de plus ridicule et dépassé. N’importe quel psychologue vous dira qu’une vie sexuelle axée sur le plaisir et sa recherche fait partie du développement normal de l’être humain.
Sed Contra : Outre le discours de Pie XII mentionné plus haut, nous n’avons qu’à lire la phrase suivante de Karol Wojtila (i.e., Jean-Paul II) pour réaliser que l’Église aujourd’hui n’est pas prude lorsqu’il est question du plaisir sexuel : «Il faut exiger que, dans l’acte sexuel, l’homme ne soit pas le seul à atteindre le point culminant de l’excitation sexuelle et que cela se produise avec la participation de la femme, et non à ses dépens.» (Amour et Responsabilité). Je crois que Stéphane Gendron veut parler du péché de luxure (recherche désordonnée du plaisir) et non du plaisir lui-même, qui peut être parfaitement légitime! « Ou l’homme commande à ses passions et obtient la paix, ou il se laisse asservir par elles et devient malheureux » (cf. Si 1, 22).
Pour ce qui est de la « nécessité d’une vie sexuelle » pour l’épanouissement de l’être humain, je cite ce commentaire pertinent que j’ai trouvé sur le site du Salon Beige : « Il suffit de regarder la vie des saints pour comprendre que religieuses ou prêtres ou moines, pour ceux qui furent des personnes consacrées, ils gardèrent une psychologie et une affectivité liée à leur sexualité : elle s’est épanouie en chacun dans un charisme de l’abandon à Dieu et du don aux autres qui les individualise bien plus que « l’activité sexuelle ». Cathérine de Sienne ou Thérèse, St François, St jean de la Croix ou Charles de Foucauld témoignent de ce que leurs capacités à aimer s’est exprimée pleinement dans le renoncement à la « vie sexuelle » des sexologues contemporains, mais que leur individualité psychique est demeurée en chacun profondement marquée par leur nature sexuée. Ils n’ont pas exprimé leur amour dans l’uniformité, mais dans une diversité, une complexité et une richesse individuelle que le vagabondage sexuel prôné par la pensée ordinaire n’atteint jamais. Et qui témoigne que la sexualité équilibrée ne réside pas dans la génitalité, mais dans un équilibre de l’âme par rapport à la vitalité naturelle et à sa pulsion, la chasteté étant donc dans ce sens autant proposée aux gens mariés qu’aux personnes consacrées. » (Pascal G.)
5) Bien sûr, on peut retourner aux préceptes des interdits sur la pratique homosexuelle, la masturbation ou l’échangisme et y trouver des interdits dans l’Ancien Testament. Faut-il rappeler que ces textes – archaïques ont été rédigés par des hommes, il y a de cela plusieurs milliers d’années?
Sed Contra : Passons le fait que pour les chrétiens, l’Écriture Sainte est inspirée par Dieu. Cela est un acte de foi et Stéphane Gendron n’est certes pas obligé d’y croire. Mais difficile de passer sous silence cette assomption plutôt snob selon laquelle les hommes qui ont vécu il y a « plusieurs milliers d’années » – et tous ceux qui les ont suivi pendant des siècles jusqu’à la « Révolution sexuelle » des années 60- étaient ignares lorsqu’ils réfléchissaient et philosophaient sur les principes moraux humains de base. Heureusement que Simone de Beauvoir, Alfred Kinsey et Janette Bertrand sont venus réveiller l’intelligence humaine!
6) La position de l’Église sur l’homosexualité demeure toujours basée sur l’exclusion. Dans quelques textes publiés à l’époque de Jean-Paul II, on a cru déceler une certaine compréhension.
Sed Contra: Le texte du Catéchisme de l’Église catholique (n.2358) publié à l’époque de Jean-Paul II (1993) réflète toujours l’enseignement actuel de l’Église. Il n’y a eu aucune révision à ce sujet : « Un nombre non négligeable d’hommes et de femmes présente des tendances homosexuelles foncières. Cette propension, objectivement désordonnée, constitue pour la plupart d’entre eux une épreuve. Ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. » Ou encore, ce passage de la lettre aux évêques sur la pastorale à l’égard des personnes homosexuelles (signée par le Cardinal Joseph Ratzinger, i.e. futur Benoît XVI) : « Il faut fermement déplorer que les personnes homosexuelles aient été et soient encore l’objet d’expressions malveillantes et de gestes violents. Pareilles réactions, où qu’elles apparaissent, méritent la condamnation des pasteurs de l’Eglise. Elles manifestent un manque de respect pour les autres qui lèse les principes élémentaires sur lesquels se fonde une juste convivialité civile. La dignité propre de toute personne doit toujours être respectée dans les paroles, dans les actions et dans les législations. »
7) On demande donc aux homosexuels d’être abstinents et de résister à leur état, pourtant jugé naturel par la science! L’exclusion demeure de mise.
Voici le passage pertinent de la lettre aux Évêques à ce sujet : « Que doit faire dès lors une personne homosexuelle qui cherche à suivre le Seigneur ? Fondamentalement, ces personnes sont appelées à réaliser la volonté de Dieu dans leur vie, en unissant au sacrifice de la croix du Seigneur les souffrances et les difficultés qu’elles peuvent éprouver du fait de leur condition. Pour le croyant, la croix est un sacrifice fécond, puisque de cette mort surgissent la vie et la rédemption. Même si on peut prévoir la dérision dont sera l’objet chez certains pareille invitation à porter la croix et à comprendre de cette manière la souffrance du chrétien, il convient de se rappeler que telle est la voie du salut pour tous ceux qui suivent le Christ. » Et le Catéchisme précise (n. 2359) : « Les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté. Par les vertus de maîtrise, éducatrices de la liberté intérieure, quelquefois par le soutien d’une amitié désintéressée, par la prière et la grâce sacramentelle, elles peuvent et doivent se rapprocher, graduellement et résolument, de la perfection chrétienne. » Cet appel à la chasteté suscite la dérision tout comme le discours de Jésus sur l’indissolubilité du mariage (Mt 19, 1-12) suscita une dérision semblable chez ses contemporains. Jésus répondit : « Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné. Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère; il y en a qui le sont devenus par les hommes; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne. » (Mt 19, 11-12).
Comme le disent les anglais, l’affirmation « pourtant jugé naturel par la science » begs the question (provoque la question) : quelle science? Certainement pas la science psychiatrique de Freud : « Freud rejette les hypothèses de caractère inné ou acquis en ce qui concerne la genèse de l’homosexualité. L’existence d’invertis amphigènes ou occasionnels tend à réfuter le caractère inné de l’homosexualité, c’est-à-dire que l’homosexualité n’a pas forcément toujours existé chez un sujet. D’autre part, en ce qui concerne le caractère acquis, il s’avère qu’une expérience homosexuelle ne détermine pas une sexualité homosexuelle future. Pour Freud, l’homosexualité ne relève pas d’une sexualité déviante mais, consiste en un inachèvement du parcours vers l’hétérosexualité, qui tient en la rencontre de trois types d’obstacles. Le développement psychosexuel s’interrompt : l’homosexuel renonce à la procréation. Il ne s’est pas affranchi du stade où la libido abandonne le corps propre, perçu comme objet d’amour, pour se porter sur un autre corps qui lui ressemble. »
Mais peut-être M. Gendron veut-il parler de la science de la nature, i.e., l’observation des comportements homosexuels chez certains animaux et certains insectes. Mais il est aussi possible d’observer chez certains animaux de la coprophagie, de l’inceste et d’autres encore qui mangent leurs petits. Ce qui se trouve dans la « nature » n’est pas toujours pour autant « naturel » (du point de vue philosophique, c’est-à-dire la juste finalité d’un objet ou d’un acte; c’est ce que l’Église entend lorsqu’elle parle d’un acte qui est « intrinsèquement désordonné »). De plus, comme le dit saint Paul dans la lettre aux Romains (8,19-21), la nature elle-même est blessée : « La création attend avec impatience la manifestation des fils de dieu. Assujettie à la vanité, non de son gré, mais par le volonté de celui qui l’y a soumise, elle garde l’espoir qu’elle aussi, la création, sera affranchie de l’esclavage de la corruption pour participer à la liberté glorieuse des enfants de Dieu.«
8 ) Même chose pour les divorcés. Exclusion de l’Église, avec une certaine sympathie.
Sed Contra : Jean-Paul II, Familiaris Consortio : « Divers motifs, tels l’incompréhension réciproque, l’incapacité de s’ouvrir à des relations interpersonnelles, etc., peuvent amener à une brisure douloureuse, souvent irréparable, du mariage valide. Il est évident que l’on ne peut envisager la séparation que comme un remède extrême après que l’on ait vainement tenté tout ce qui était raisonnablement possible pour l’éviter.
La solitude et d’autres difficultés encore sont souvent le lot du conjoint séparé, surtout s’il est innocent. Dans ce cas, il revient à la communauté ecclésiale de le soutenir plus que jamais, de lui apporter estime, solidarité, compréhension et aide concrète afin qu’il puisse rester fidèle même dans la situation difficile qui est la sienne; de l’aider à cultiver le pardon qu’exige l’amour chrétien et à rester disponible à une éventuelle reprise de la vie conjugale antérieure.
[...] J’exhorte chaleureusement les pasteurs et la communauté des fidèles dans son ensemble à aider les divorcés remariés. Avec une grande charité, tous feront en sorte qu’ils ne se sentent pas séparés de l’Eglise, car ils peuvent et même ils doivent, comme baptisés, participer à sa vie. On les invitera à écouter la Parole de Dieu, à assister au Sacrifice de la messe, à persévérer dans la prière, à apporter leur contribution aux oeuvres de charité et aux initiatives de la communauté en faveur de la justice, à élever leurs enfants dans la foi chrétienne, à cultiver l’esprit de pénitence et à en accomplir les actes, afin d’implorer, jour après jour, la grâce de Dieu. Que l’Eglise prie pour eux, qu’elle les encourage et se montre à leur égard une mère miséricordieuse, et qu’ainsi elle les maintienne dans la foi et l’espérance! »
9) Par ailleurs, la position de l’Église, soutenue par Benoît XVI, en matière d’avortement, a de quoi nous faire lever le coeur.
Sed Contra : Sérieusement, la position de l’Église peut-elle faire monter le coeur plus que la réalité terrible de l’avortement lui-même? (avertissement: photos de foetus avortés).
10) Les récents événements au Brésil entourant cette pauvre enfant de 9 ans enceinte de jumeaux, d’un beau-père incestueux, suscitent l’incompréhension. Au lieu d’exclure cet évêque brésilien sans génie qui a imposé l’excommunication aux médecins et à la mère de cet enfant, le Vatican l’a supporté dans la procédure d’exclusion.
Sed Contra: Mgr Rino Fisichella, président de l’Académie pontificale pour la vie : « Techniquement, le Code de droit canonique utilise l’expression latae sententiae pour indiquer que l’excommunication a lieu au moment même ou le fait [l'avortement] se produit. Nous considérons qu’il n’était pas nécessaire de rendre si vite public et avec autant de publicité un fait qui se produit de manière automatique. [Autrement dit : tout avortement provoque de facto une peine d'excommunication, à la mesure où les critères de validité d'une telle peine sont présents. Ce n'est pas l'évêque qui a imposé l'excommunication mais il l'a rendue inutilement publique]. Ce dont nous ressentons le plus le besoin en ce moment est le signe d’un témoignage de proximité avec celui qui souffre, un acte de miséricorde qui, tout en conservant fermement le principe, est capable de regarder au-delà du domaine juridique pour parvenir à ce que le droit lui-même prévoit comme objectif de son existence : le bien et le salut de ceux qui croient dans l’amour du Père et de ceux qui accueillent l’Evangile du Christ comme les enfants, ceux que Jésus appelait à ses côtés et serrait dans ses bras en disant que c’est à ceux qui sont comme eux qu’appartient le royaume des cieux. Carmen [nom fictif], nous sommes avec toi. Nous partageons avec toi la souffrance que tu as éprouvée, nous voudrions tout faire pour te rendre la dignité dont tu as été privée et l’amour dont tu auras encore plus besoin ; ce sont d’autres personnes qui méritent l’excommunication et notre pardon, non pas ceux qui t’ont permis de vivre et qui t’aideront à retrouver l’espérance et la confiance malgré la présence du mal et la méchanceté de nombreuses personnes. » (source)
11) Lors d’une entrevue qu’elle donnait à la télévision de Radio-Canada, Mère Teresa avait déjà affirmé que les femmes violées par les soldats en Bosnie devaient refuser l’avortement et accepter le fardeau de la maternité en priant Dieu. Pour une femme qui n’a jamais enfanté et qui n’a jamais vaqué à des occupations maternelles, il y a de quoi réfléchir. Doit-on proposer cette femme comme modèle à l’Humanité, comme on s’apprête à le faire en la canonisant sur l’autoroute des saints à bon marché? Mère Teresa ne représente pas un modèle ni un exemple pour la femme de notre monde, mais plutôt un triste exemple de soumission qui va à l’encontre de l’égalité de la femme.
Terrible argument ad hominem de la part de Stéphane Gendron. Il s’en prend à une figure de compassion largement respectée dans le monde même par des non-croyants, une personne qui a absolument tout donné pour prendre soin des plus pauvres d’entre les pauvres, qui a passé des heures innombrables auprès des malades, des lépreux, des sidatiques et des orphelins, à les soigner, à les écouter. Mère Teresa n’a peut-être jamais enfanté biologiquement, mais affirmer qu’elle n’a jamais vaqué à des occupations maternelles relève de la pire mesquinerie et méchanceté. Pour ce qui est de l’affirmation qu’elle fut un « triste exemple de soumission qui va à l’encontre de l’égalité de la femme », c’est une autre phrase déplorable qui ne trouve aucun écho dans la réalité. Elle a su démontrer au contraire (en exemple, par seulement en paroles) la grande dignité de la femme et sa vocation la plus noble : être une présence d’amour et de miséricorde dans le monde. De plus, elle savait tenir tête aux hommes qu’elle rencontrait, que ces hommes soient des chefs d’états, des politiciens, des journalistes ou des figures religieuses (même de l’Église). Elle n’était soumise à personne sinon au Christ qu’elle voulait servir le mieux possible dans les pauvres.
12) Par ses bourdes récentes, l’Église catholique vient d’enfoncer un autre clou dans son cercueil en Occident. Elle fait preuve d’extrémisme et d’exclusion. Le syndrome des églises vides n’est pas qu’une simple coïncidence historique.
Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de l’Église que les églises se vident. En fait, toutes les fois où les hommes ont « préféré les ténèbres à la lumière » (cf. Jean 3,14-21) , le péché à la grâce, il y a eu une baisse significative dans la pratique religieuse. (Tout en admettant qu’il existe de nombreuse raisons pour cet abandon de la pratique religieuse). Malgré tout, même en occident, il y a de nombreuses églises et communautés catholiques bien vivantes, populaires même auprès des jeunes adultes. Stéphane Gendron devrait aller se promener un peu avant de faire des généralisations à l’emporte-pièce.
13) Le jour où l’Église sera soumise aux dispositions de nos Chartes des droits et libertés, elle cessera de nous empoisonner la vie sur une base quotidienne.
Et voilà le « gros morceau » : l’Église empoisonne sur une base quotidienne la conscience de M. Gendron. Toutefois ironique que ce sont les memes Chartes des droits et libertés qui garantissent la liberté religieuse et la liberté de conscience qui permettent à M. Gendron d’exiber publiquement– dans un journal de plus d’un million de lecteurs– ses mesquins (et souvent erronés) propos anti-catholiques. Elles lui permettent d’empoisonner non seulement la vie des croyants mais aussi leur intellect.
Si le Journal de Montréal voulait faire preuve de bonne volonté, il exigerait que ses journalistes et chroniqueurs suivent rigoureusement le code de déontologie qui leur est propre.
Je termine cet exercice de « correction fraternelle » en renvoyant le lecteur de ce blogue à l’excellent article de Carl Bergeron (L’intelligence conséquente) intitulé : La passion anti-catholique, l’excitation du moderne. Il est difficile de ne pas apprécier l’éloquence, l’humour et la justesse des propose de M. Bergeron qui commente à sa façon– avec une verve qui lui est propre– le dernier préjugé acceptable.
ANNEXE
Guide de déontologie des journalistes du Québec
Adopté en assemblée générale le 24 novembre 1996
VÉRITÉ ET RIGUEUR
3 a) Les journalistes ont l’obligation de s’assurer de la véracité des faits qu’ils rapportent au terme d’un rigoureux travail de collecte et de vérification des informations. Ils doivent corriger leurs erreurs avec diligence et de façon appropriée au tort causé.
3 b) Les journalistes doivent situer dans leur contexte les faits et opinions dont ils font état de manière à ce qu’ils soient compréhensibles, sans en exagérer ou en diminuer la portée.
3 c) Les titres et présentations des articles et reportages ne doivent pas exagérer ni induire en erreur.
3 d) Les journalistes doivent départager soigneusement ce qui relève de leur opinion personnelle, de l’analyse et de l’information factuelle afin de ne pas engendrer de confusion dans le public. Les journalistes s’en tiennent avant tout au compte rendu précis des faits. Dans les genres journalistiques comme les éditoriaux, les chroniques et les billets ou dans le journalisme engagé, où l’expression des opinions prend une large place, les journalistes doivent tout autant respecter les faits.
3 e) Une rumeur ne peut être publiée sauf si elle émane d’une source crédible, et si elle est significative et utile pour comprendre un événement. Elle doit toujours être identifiée comme une rumeur. Dans le domaine judiciaire, la publication de rumeurs est à proscrire.
3 f) Les journalistes doivent respecter fidèlement le sens des propos qu’ils rapportent. Les citations, les rapprochements, les ajouts sonores, etc. ou leur séquence ne doivent pas dénaturer le sens de ces propos.
Les chrétiens et les trekkies
«Je n’ai jamais compris pourquoi des gens apparemment sains d’esprit basent leurs faits et gestes sur des fables écrites il y a deux mille ans. Pour moi, c’est une aberration. C’est comme dire: ‘À partir de maintenant, toute ma vie tournera autour du Seigneur des anneaux. Je vais suivre les enseignements de Gandalf et de Bilbo à la lettre…’ C’est l’équivalent antique des trekkies.»
Cette phrase, rédigée récemment par un chroniqueur bien connu du Journal de Montréal, cherche d’abord à provoquer. L’auteur de ce texte− qui semble à certaines heures athée et à d’autres heures agnostique − compare la conviction religieuse (la foi chrétienne dans ce cas) au vif intérêt (lire ‘obsession’) que les amateurs de science-fiction ou de littérature fantaisiste ont pour leur sujet. Ces dernières années, la croyance religieuse fut également comparée à la croyance des enfants en l’existence du Père Noël. Or si « des gens sains d’esprit basent leurs faits et gestes sur des fables », alors le chroniqueur du Journal a tout à fait raison : il s’agit d’une aberration.
Dan Brown, auteur des romans Anges et Démons et Le Da Vince Code, justifie la place d’un «faux» christianisme dans le monde moderne: il enrichit la société par ses richesses artistiques et culturelles tout en apportant réconfort spirituel à des millions de gens (bien que ceux-ci soient dupés). Je peux toujours croire papa et maman au sujet de l’existence du Père Noël− pour l’amusement de tous (l’enfant fait confiance en la parole de ses parents… il fait un « acte de foi ») ; toutefois, le jour où je découvre la vérité sur le gros bonhomme rouge à la barbe blanche (parce qu’elle m’est révélée par d’autres ou parce que mon intelligence me la fait saisir), il serait absurde de faire « comme si » j’ignorais la vérité. Le Père Noël n’est pas réel : il est issu d’un folklore populaire. Il n’habite pas le Pôle Nord et il n’a jamais existé (sauf en la personne de son précurseur historique : saint Nicolas).
Le Concile Vatican II parle d’une « obligation morale à chercher la vérité » dans son décret sur la liberté religieuse : «En vertu de leur dignité tous les hommes, parce qu’ils sont des personnes, c’est-à-dire doués de raison et de volonté libre, et par suite, pourvus d’une responsabilité personnelle, sont pressés par leur nature même et tenus par obligation morale à chercher la vérité, celle tout d’abord qui concerne la religion. Ils sont tenus aussi à adhérer à la vérité dès qu’ils la connaissent et à régler toute leur vie selon les exigences de cette vérité» (Nostra Aetate, n. 2).
L’Église, de toute évidence, ne croit pas que le christianisme est une fable, fondé sur des textes «mythiques» dépourvus de réalité historique. Au contraire, voici ce qu’elle affirme au sujet de l’Évangile qu’elle proclame (Constitution dogmatique Dei Verbum, Concile Vatican II) :
L’Église n’a pas peur d’inviter les gens à chercher la vérité en ce qui concerne la religion pour la simple et bonne raison qu’elle a une confiance absolue en l’authenticité des faits rapportés par les évangélistes et les autres écrits du Nouveau Testament. Bien entendu, l’Église catholique est la première a enseigner qu’il faut – lorsqu’on lit la Bible – tenir compte des genres littéraires afin de ne pas lire de façon «fondamentaliste» des textes qui n’ont pas pour but d’exposer des vérités historiques ou scientifiques. Il importe autrement dit de comparer des oranges avec des oranges et des pommes avec des pommes.
Le professeur de philosophie Peter Kreeft, dans son livre Handbook of Christian Apologetics, nous donne un exemple : l’erreur de comparer les écrits de Darwin avec les écrits de l’auteur de la Genèse. «Si le livre de la Genèse était un livre de science ou si le livre de Darwin L’origine des espèces était un livre de religion, peut-être qu’il y aurait lieu de comparer et de voir les endroits où il y a des conflits. Mais ces deux textes ne poursuivent pas le même but. Darwin ne pose pas la question quant à savoir qui a créé le monde ou pourquoi, mais comment. Le livre de la Genèse révèle qui a créé le monde (Dieu) et pourquoi (par bonté), mais non le comment ».
Une fois établi que les quatre évangiles, le livre des Actes des Apôtres et les lettres pastorales du Nouveau Testament, rédigés au cours de la première génération de chrétiens, se réfèrent à des événements réels (i.e., ces écrits sont des témoignages de faits vécus), que la crédibilité des témoins néotestamentaires est appuyée par leurs dires et leurs actions (la plupart sont morts en martyrs, acceptant la mort avec joie plutôt que de nier leur témoignage et leur foi), que les textes (et même les écrits non canoniques du 1er et 2ième siècle – e.g. Ignace d’Antioche, Clément de Rome, Didachè) se corroborent mutuellement, alors peut naître la confiance en la Parole rapportée.
Le Père Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale, résume ainsi les étapes qu’ont traversé la vie et l’enseignement de Jésus avant d’en arriver aux Évangiles écrits :
Les trekkies ont beau être fascinés par les personnages de Kirk et de Spock et courir les congrès de science-fiction dans l’espoir de rencontrer leurs héros, ils savent très bien que ce sont des personnages inventés. Les amateurs de Star Trek (sauf les rares cas souffrant de déséquilibre mental, s’ils existent) savent certainement faire la différence entre Spock et Leonard Limoy, entre les films et la réalité, et peu d’entre eux je crois seraient prêts à mourir une mort attroce devant des «anti-trekkies» pour justifier leur passe-temps. Lorsque les hommes de Lycaonie (Turquie actuelle) prirent Paul et Barnabé pour les dieux Hermès et Zeus en raison d’un miracle obtenu par Paul, les apôtres ne prirent pas de temps à leur rappeler la vérité :
« Nous ne sommes que des hommes, tout comme vous! Nous vous annonçons la Bonne Nouvelle : détournez-vous des faux dieux, et convertissez-vous au Dieu vivant, lui qui a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qu’ils contiennent.» (Actes 14,15).
Saint Barnabé (dont c’est la fête liturgique aujourd’hui), priez pour nous!
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