Guerre déclarée à l’ « hétérosexisme »

Le 10 janvier dernier, j’ai abordé un sujet délicat mais fort important dans le cadre de l’homélie, sujet sur lequel j’aimerais revenir par la présente.

Dans le but d’améliorer la situation des personnes dites de minorités sexuelles, le gouvernement du Québec a signé en décembre dernier « une politique de lutte contre l’homophobie » de 44 pages intitulée Ensemble vers l’égalité sociale. Dans son mot d’introduction, le premier ministre Jean Charest écrit :

En adoptant la Politique québécoise de lutte contre l’homophobie, le gouvernement entend insuffler dans nos institutions [y compris les institutions traditionnelles, NDR] et dans la population une volonté ferme d’agir contre le phénomène de l’homophobie sous toutes ses formes 1. Par cette politique, le gouvernement se donne la mission de lever les obstacles à la pleine reconnaissance de l’égalité sociale des personnes de minorités sexuelles, dans tous les milieux. Le message est clair: notre société gagne à s’ouvrir à la diversité sexuelle et à condamner l’intolérance à l’égard de celle-ci. (souligné par nous)

Dans sa politique « Ensemble vers l’égalité sociale », le gouvernement Charest va au-delà de la tolérance, au-delà de la compassion, au-delà même de l’acceptation sur le plan civil des unions de personnes de même sexe. La nouvelle politique déclare hétérosexiste (un terme emprunté aux groupes de pression homosexualistes [1]) « toute affirmation de l’hétérosexualité comme norme sociale ou comme étant supérieure aux autres orientations sexuelles » (p. 16).

Autrement dit— cela semble difficile à croire — le gouvernement du Québec rejette désormais l’hétérosexualité comme norme sociale! Pourtant, « les citoyens du Québec, comme tous les citoyens de toutes les sociétés d’ailleurs, sont inévitablement des « descendants » de parents, de grands-parents et d’arrière grands-parents qui ont tous pris pour acquis l’hétéronormativité. Toute personne née au Québec et tout immigrant sait très bien que son origine humaine est de nature hétérosexuelle » (2]. En voulant être inclusif et « ouvert à la différence », dans l’ « intérêt plublic », le gouvernement déclare stupidement la guerre non seulement aux nombreux citoyens qui ne partage pas son point de vue (chrétiens et autres), mais à la nature elle-même. Il s’agit d’un suicide culturel et social. En voulant s’attaquer à l’ « homophobie » sous toutes ses formes [3], le gouvernement s’engage à « changer les mentalités » des individus, des familles, et de toutes les institutions civiles et religieuses du Québec. Voici ce que le gouvernement se propose de faire (dans leurs propres mots) :

Orientation 3 […] Il importe de consacrer des efforts au dépistage et à la correction des normes et des pratiques institutionnelles qui entretiennent le déni des différences basées sur l’identité ou l’orientation sexuelle. À ce titre, des changements sont nécessaires dans les cultures institutionnelles et les modèles d’intervention afin d’éliminer l’hétérosexisme à la source et d’offrir des services plus ouverts à la diversité sexuelle. […] Le succès des initiatives de lutte contre l’homophobie passe nécessairement par des mesures qui favorisent une action communautaire présente, forte et stable dans tous les milieux.

Orientation 4 […] Occupant la position de chef de file dans la lutte contre l’homophobie, le gouvernement du Québec privilégie une action globale, intégrée et intersectorielle. Il convie tous les acteurs sociaux à contribuer à la réalisation d’objectifs communs visant à enrayer l’homophobie sous toutes ses formes. […] Il faut susciter l’engagement et la participation de partenaires dont l’influence, dans leurs milieux respectifs, peut faire évoluer les mentalités et les pratiques. Qu’il s’agisse d’employeurs, d’organisations syndicales ou d’organismes communautaires, ces acteurs peuvent agir à l’intérieur de leur organisation et dans leur domaine d’activité de façon à favoriser l’ouverture à la diversité sexuelle…

La mise en garde ne peut être plus claire. Il revient aux personnes de bonne volonté de se lever debout et d’affirmer clairement que la promotion explicite de l’homosexualité comme heureuse alternative de pratique sexuelle (y compris la promotion de celle-ci auprès des enfants dans les écoles– i.e., ouverture à la diversité) n’est pas un bien désirable sur lequel tout le monde s’entend [4]. Les citoyens et les institutions du Québec doivent demeurer libres de débattre le sujet complexe de l’homosexualité (comme tout sujet d’ailleurs) et de défendre, s’ils le souhaitent, la vision traditionnelle— vision soutenue encore aujourd’hui par d’éminents professeurs, psychologues, psychanalystes, docteurs, biologistes et théologiens (sans oublier plusieurs homosexuels eux-mêmes [5])— qui présente les actes homosexuels comme étant, à tout le moindre, moralement et physiologiquement problématiques. [6]

La Déclaration universelle des droits de l’homme, à l’article 16 par. 3, stipule que « la famille est l’élément naturel et fondamental de la société et a droit à la protection de la société et de l’État. » Elle affirme aussi que « les parents ont, par priorité, le droit de choisir le genre d’éducation à donner à leurs enfants » (article 26, par. 3). Que les parents et les familles fassent entendre leur voix pour dénoncer l’injustice de cette nouvelle politique gouvernementale. Il ne s’agit pas de condamner ou d’accuser les personnes homosexuelles elles-mêmes (plusieurs problèmes d’intolérance et de violence évoqués dans la politique sont bien réels) mais de défendre une réalité indéniable de ce monde dans lequel nous vivons : l’hétérosexualité est une norme intrinsèque à la nature sociale et procréatrice de l’être humain et ne peut varier– qu’on le veuille ou non– selon les lieux, les cultures ou les époques.

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VOIR AUSSI :

« L’État thérapeutique et le militantisme gay » de Carl Bergeron, dans l’Intelligence Conséquente – journal du conservatisme critique, 16 janvier 2010.

Douglas Farrow, « The Government of Québec Declares War on a ‘homophobic’ and ‘heterosexist’ populace » (http://www.ccrl.ca/index.php?id=5091)

« Un plan de lutte contre l’homophobie méprisant pour la population » de John White, Gérard Lévesque, Charles Cauchy et Maurice Cormier, professeurs de philosophie, sur le blogue Pour une école libre au Québec.

Site internet de NARTH : National Association For Research & Therapy of Homosexuality. En particulier, lire « Ce que la Recherche Démontre: La réponse de NARTH aux revendications de l’APA ».

L’homosexualité : les mythes et les faits, de Michel Lizotte.

NOTES

[1] «Tout comme le multiculturalisme, l’homosexualisme est une variante de l’idéologie anti-discrimination, et plus largement, du programme de déconstruction identitaire et politique de la gauche radicale. « L’homosexualisme » — qu’il faut soigneusement distinguer de l’homosexualité — théorise et conceptualise l’homosexualité comme une catégorie identitaire, dont le statut minoritaire engendrerait une aliénation par rapport à une majorité normative globalement intolérante. L’homosexualisme se sert de l’homosexualité, comme le multiculturalisme des appartenances culturelles, pour promouvoir une « révolution permanente » des normes sociales et culturelles de la communauté politique.» (C. Bergeron, « L’État thérapeutique et le militantisme gay », 16 janvier 2010).

[2] D. Farrow, « The Government of Québec Declares War on a ‘homophobic’ and ‘heterosexist’ populace », p. 12 (traduction libre). (http://www.ccrl.ca/index.php?id=5091)

[3] Le terme « homophobe » lui-même comporte son lot de difficultés. « Personne ne doute qu’il y aient des gens qui expriment leurs peurs secrètes sous forme de violence sociale ou même physique à l’endroit des homosexuels. Et on peut bien dire de ces gens, hétérosexuels ou homosexuels, qu’ils sont « malades » (ill); en certains cas, on pourrait même dire qu’ils sont malicieux (evil). Mais un des nombreux problèmes avec l’emploi actuel du mot homophobe est qu’il n’est pas d’abord utilisé pour qualifier la condition psychologique de ces gens. Il est plutôt employé pour qualifier toute personne qui n’est pas prête à accepter la proposition selon laquelle le comportement homosexuel est un bien social, ou du moins un bien pour ceux qui ont un tel comportement. » D. Farrow, « National Post », 2001.

« Même les citoyens les plus modérés, qui ne ressentent pas le besoin de faire de l’humour méprisant sur le dos des homosexuels, et qui ne tiennent pas des propos dits ‘homophobes’ (selon les critères sévères des homosexualistes), pourraient être homophobes sans le savoir. Par exemple, en cultivant cette idée farfelue selon laquelle il faut absolument un homme et une femme pour faire un enfant et fonder une famille. [...] C’est ce que nos idéologues appellent entretenir des ’schèmes et mentalités hétérosexistes’ ,source de ‘discrimination systématique et institutionnelle’.» (C. Bergeron, « L’État thérapeutique et le militantisme gay », 16 janvier 2010).

[4] Cf. D. Farrow, « The Government of Québec Declares War on a ‘homophobic’ and ‘heterosexist’ populace », p. 18.

[5] Pour un livre écrit par un homosexuel en accord avec la vision « traditionnelle », lire Beyond Gay de David Morrison. Ce dernier a longtemps vécu le « mode de vie » gai (comportement homosexuel) avant d’être ébranlé dans ses convictions pour finalement embrasser le chemin de la chasteté.

[6] Rappelons la position de l’Église catholique sur l’homosexualité (ainsi que sa position sur la complémentarité des sexes). Le Catéchisme de l’Église catholique affirme (n. 2357) que si « la genèse psychique [de l’homosexualité] reste largement inexpliquée », les actes d’homosexualité sont, eux, « contraires à la loi naturelle » et « ne sauraient recevoir d’approbation en aucun cas ». Le catéchisme insiste cependant sur l’accueil charitable envers les hommes et les femmes qui présentent des tendances homosexuelles. La condition homosexuelle, affirme-t-il, « constitue pour la plupart d’entre eux une épreuve. Ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste » (souligné par nous).

Pour ce qui est de la complémentarité homme-femme, le Catéchisme dit (n. 371) : « Crées ensemble, l’homme et la femme sont voulus par Dieu l’un pour l’autre [et] sont faits ‘l’un pour l’autre’ ». « [Dieu] les a crées pour une communion de personnes, en laquelle chacun peut être ‘aide’ pour l’autre parce qu’ils sont à la fois égaux en tant que personnes et complémentaires en tant que masculin et féminin. Dans le mariage, Dieu les unit de manière que, en formant ‘une seule chair’, ils puissent transmettre la vie humaine. »

Mots-clés : débat de société, sexualité, homosexualité, heterosexisme, loi naturelle, mariage

Haïti : appel aux pasteurs et aux fidèles de l’Église catholique du Canada

Voici le message de Mgr Pierre Morissette, Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada :

14 janvier 2010

Le très violent tremblement de terre du 12 janvier 2010, dont l’épicentre était situé dans la région de la capitale, Port-au-Prince, a eu un impact terrible sur la population d’Haïti. Bien que des estimations sérieuses concernant les pertes humaines ne soient pas encore disponibles, les informations rapportent qu’une grande partie de la ville est à l’état de décombres; on craint des milliers de morts, des centaines de milliers de personnes sont sans abri. Trois millions de personnes ont besoin de secours contre cette catastrophe naturelle – ce qui représente un tiers de la population totale du pays. Parmi les nombreuses victimes du tremblement de terre dont on déplore la mort figure l’archevêque de Port-au-Prince, Mgr Serge Miot.

Plus tôt dans la journée d’aujourd’hui, le Saint-Père a lancé un appel à l’aide pour Haïti. S’exprimant à la fin de l’audience générale, le Pape Benoît XVI a fait appel à la générosité internationale et à la solidarité envers nos frères et sœurs haïtiens qui souffrent et sont dans le besoin, et il a confirmé que l’Église catholique apporterait immédiatement une aide d’urgence.

En ma qualité de Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, j’invite l’ensemble des évêques du Canada à se joindre à moi pour inviter à leur tour tous les catholiques canadiens et les personnes de bonne volonté à prier avec ferveur pour les Haïtiens et à répondre immédiatement et généreusement à leurs besoins en ce moment d’urgente nécessité. Nous voulons aussi assurer nos frères et sœurs d’origine haïtienne au Canada que nous sommes en union avec eux dans la prière et dans l’action.

La Conférence se joint à l’Organisation catholique canadienne pour le développement et la paix afin de lancer cette campagne d’urgence commune pour Haïti. Nous travaillerons en étroite collaboration avec Développement et Paix – qui est aussi, officiellement, Caritas Canada – en vue d’organiser et de promouvoir cet appel ainsi que pour assurer un suivi adéquat en collaboration avec l’Église d’Haïti et sa Conférence épiscopale. Développement et Paix a déjà lancé son action en envoyant sur-le-champ 50 000 $ en secours d’urgence à Caritas Haïti. Outre les quêtes paroissiales spéciales que les évêques du Canada pourraient autoriser dans leur diocèse respectif, les dons pour Haïti peuvent être faits directement via le site Internet de Développement et Paix.

Puisse l’Esprit Saint toucher tous les cœurs de sorte que nous devenions des disciples dignes de Jésus Christ par notre solidarité et notre générosité à répondre à cette campagne urgente pour Haïti.

+ Pierre Morissette
Évêque de Saint-Jérôme
Président de la Conférence des évêques catholiques du Canada

New beginnings

On December 20th, I will be celebrating my fourth year of ordination. As I finish writing my first line for the Corpus Christi bulletin, I have to pause and marvel. Four. Years. So many things have happened in those four years that I sometimes have the strange impression that I’ve been a priest for twice as long… Let’s see* : I presided over 65 weddings (!), baptized over 80 children, presided over 1,500 Masses, and confessed, hmm, at least one or two penitents (just teasing). And yet, as I start my ministry in this vibrant community of Corpus Christi [and beginning my second year at St. Anne's...], I feel like the ordination’s holy chrism is still glistening on my skin: sweaty palms, homiletic pangs, and much confusion (I get nervous these days just looking at the size of the English sacramentary!)

But things are good and God, as always, has been great : parishioners are kind and welcoming, kids are friendly, I have a sacristan and a secretary an assistant who have degrees in theology and christian studies – *and* a benefactor gave the parish brand new hockey nets! How can I not begin this new appointment with excitement and ideas for the future?

I know I’m following in the footsteps of a good pastor who was, with his Irish humor and wisdom, well loved by the people and the children. Changes in Mass schedule were also made as to allow sufficient time for me to preside the Sunday celebrations in both parishes. The next few months will be for everyone at Corpus Christi a period of adjusment. I ask my brothers and sisters – my mothers and fathers – to bear with the « jeune curé » and to pray Jesus Christ Our Lord for the abundance of His grace on our community. Come Holy Spirit, come Lord Jesus !

Toujours en vie

Juste un petit mot pour rassurer mes lecteurs (mon lecteur?) que je suis toujours là, bien en vie :) Dans une semaine, je deviendrai non seulement curé (officiellement) de la paroisse Sainte-Anne-de-Bellevue, mais également de la paroisse anglophone Corpus Christi. Blessed be God, now and forever! (and God help me!)

Fête de Sainte Anne

AVIS AUX PAROISSIENS DE SAINTE-ANNE-DE-BELLEVUE

Le 26 juillet est la fête liturgique de Sainte Anne. Cette année, ce jour tombe un dimanche.
Outre la messe dominicale de 10h30, il y aura une célébration spéciale à partir 19h00
qui comprendra la traditionnelle procession dans les rues du quartier suivie de l’Eucharistie à l’église.

À la fin de la célébration, il y aura un moment de prière pour les malades. Les personnes qui le désirent
pourront également recevoir le sacrement de l’Onction des malades.

Bonne Sainte Anne, patronne du Québec, priez pour nous!

BM, curé

Les chrétiens et les trekkies

«Je n’ai jamais compris pourquoi des gens apparemment sains d’esprit basent leurs faits et gestes sur des fables écrites il y a deux mille ans. Pour moi, c’est une aberration. C’est comme dire: ‘À partir de maintenant, toute ma vie tournera autour du Seigneur des anneaux. Je vais suivre les enseignements de Gandalf et de Bilbo à la lettre…’ C’est l’équivalent antique des trekkies.»

Cette phrase, rédigée récemment par un chroniqueur bien connu du Journal de Montréal, cherche d’abord à provoquer. L’auteur de ce texte− qui semble à certaines heures athée et à d’autres heures agnostique − compare la conviction religieuse (la foi chrétienne dans ce cas) au vif intérêt (lire ‘obsession’) que les amateurs de science-fiction ou de littérature fantaisiste ont pour leur sujet. Ces dernières années, la croyance religieuse fut également comparée à la croyance des enfants en l’existence du Père Noël. Or si « des gens sains d’esprit basent leurs faits et gestes sur des fables », alors le chroniqueur du Journal a tout à fait raison : il s’agit d’une aberration.

Dan Brown, auteur des romans Anges et Démons et Le Da Vince Code, justifie la place d’un «faux» christianisme dans le monde moderne: il enrichit la société par ses richesses artistiques et culturelles tout en apportant réconfort spirituel à des millions de gens (bien que ceux-ci soient dupés). Je peux toujours croire papa et maman au sujet de l’existence du Père Noël− pour l’amusement de tous (l’enfant fait confiance en la parole de ses parents… il fait un « acte de foi ») ; toutefois, le jour où je découvre la vérité sur le gros bonhomme rouge à la barbe blanche (parce qu’elle m’est révélée par d’autres ou parce que mon intelligence me la fait saisir), il serait absurde de faire « comme si » j’ignorais la vérité. Le Père Noël n’est pas réel : il est issu d’un folklore populaire. Il n’habite pas le Pôle Nord et il n’a jamais existé (sauf en la personne de son précurseur historique : saint Nicolas).

Le Concile Vatican II parle d’une « obligation morale à chercher la vérité » dans son décret sur la liberté religieuse : «En vertu de leur dignité tous les hommes, parce qu’ils sont des personnes, c’est-à-dire doués de raison et de volonté libre, et par suite, pourvus d’une responsabilité personnelle, sont pressés par leur nature même et tenus par obligation morale à chercher la vérité, celle tout d’abord qui concerne la religion. Ils sont tenus aussi à adhérer à la vérité dès qu’ils la connaissent et à régler toute leur vie selon les exigences de cette vérité» (Nostra Aetate, n. 2).

L’Église, de toute évidence, ne croit pas que le christianisme est une fable, fondé sur des textes «mythiques» dépourvus de réalité historique. Au contraire, voici ce qu’elle affirme au sujet de l’Évangile qu’elle proclame (Constitution dogmatique Dei Verbum, Concile Vatican II) :

«De façon ferme et absolument constante, la sainte Mère Église a affirmé et affirme que les quatre Évangiles énumérés, dont elle atteste sans hésiter l’historicité, transmettent fidèlement ce que Jésus le Fils de Dieu, pendant qu’Il vivait parmi les hommes, a réellement fait et enseigné en vue de leur salut éternel, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel. Après l’Ascension du Seigneur, les Apôtres ont transmis à leurs auditeurs ce que Jésus avait dit et fait, avec cette intelligence plus profonde dont ils jouissaient eux-mêmes, instruits qu’ils étaient pas les événements glorieux du Christ et enseignés par la lumère de l’Esprit de vérité. Les auteurs sacrés ont composé les quatre Évangiles, en triant certains détails entre beaucoup de ceux que la parole ou déjà l’écriture avait transmis, et en faisant entrer quelques-uns en une synthèse, ou en les exposant en tenant compte de l’état des églises, en gardant enfin la forme d’une proclamation, afin de pouvoir ainsi toujours nous communiquer des choses vraies et authentiques sur Jésus. Ils les ont écrits dans cette intention, soit d’après leur propre mémoire, leurs propres souvenirs, soit d’après le témoignage de ceux «qui dès le début virent et furent serviteurs de la Parole», afin que nous connaissions «la solidité des enseignements que nous avons reçus» (Luc 1, 2-4) ».

L’Église n’a pas peur d’inviter les gens à chercher la vérité en ce qui concerne la religion pour la simple et bonne raison qu’elle a une confiance absolue en l’authenticité des faits rapportés par les évangélistes et les autres écrits du Nouveau Testament. Bien entendu, l’Église catholique est la première a enseigner qu’il faut – lorsqu’on lit la Bible – tenir compte des genres littéraires afin de ne pas lire de façon «fondamentaliste» des textes qui n’ont pas pour but d’exposer des vérités historiques ou scientifiques. Il importe autrement dit de comparer des oranges avec des oranges et des pommes avec des pommes.

Le professeur de philosophie Peter Kreeft, dans son livre Handbook of Christian Apologetics, nous donne un exemple : l’erreur de comparer les écrits de Darwin avec les écrits de l’auteur de la Genèse. «Si le livre de la Genèse était un livre de science ou si le livre de Darwin L’origine des espèces était un livre de religion, peut-être qu’il y aurait lieu de comparer et de voir les endroits où il y a des conflits. Mais ces deux textes ne poursuivent pas le même but. Darwin ne pose pas la question quant à savoir qui a créé le monde ou pourquoi, mais comment. Le livre de la Genèse révèle qui a créé le monde (Dieu) et pourquoi (par bonté), mais non le comment ».

Une fois établi que les quatre évangiles, le livre des Actes des Apôtres et les lettres pastorales du Nouveau Testament, rédigés au cours de la première génération de chrétiens, se réfèrent à des événements réels (i.e., ces écrits sont des témoignages de faits vécus), que la crédibilité des témoins néotestamentaires est appuyée par leurs dires et leurs actions (la plupart sont morts en martyrs, acceptant la mort avec joie plutôt que de nier leur témoignage et leur foi), que les textes (et même les écrits non canoniques du 1er et 2ième siècle – e.g. Ignace d’Antioche, Clément de Rome, Didachè) se corroborent mutuellement, alors peut naître la confiance en la Parole rapportée.

Le Père Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale, résume ainsi les étapes qu’ont traversé la vie et l’enseignement de Jésus avant d’en arriver aux Évangiles écrits :

Première étape : la vie terrestre de Jésus. Jésus n’écrivit rien mais dans ses prédications il utilisa des moyens communs aux cultures antiques qui facilitaient beaucoup la mémorisation d’un texte : phrases courtes, parallélismes et antithèses, répétitions rythmiques, images, paraboles… Pensons à des phrases de l’Evangile comme : « Les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers », « large en effet et spacieux est le chemin qui mène à la perdition… ; mais étroite est la porte et resserré le chemin qui mène à la Vie » (Mt 7,13-14).

Une fois que l’on a entendu de telles phrases, même aujourd’hui, on les oublie difficilement. Par conséquent, le fait que Jésus n’ait pas lui-même écrit les Evangiles ne signifie pas que les paroles qui y sont rapportées ne soient pas celles qu’il a prononcées. Ne pouvant imprimer les paroles sur papier, les hommes de l’antiquité les imprimaient dans leur esprit.

Deuxième étape : la prédication orale des apôtres. Après la résurrection, les apôtres commencèrent immédiatement à annoncer à tous la vie et les paroles du Christ, en tenant compte des nécessités et des circonstances dans lesquelles vivaient les différentes personnes qui les écoutaient. Leur objectif n’était pas de faire de l’histoire mais de conduire les personnes à la foi. Comprenant désormais mieux ce que Jésus avait dit et fait, ils furent en mesure de le transmettre aux autres en l’adaptant aux nécessités de ceux auxquels ils s’adressaient.

Troisième étape : les Evangiles écrits. Environ trente ans après la mort de Jésus, certains auteurs commencèrent à mettre par écrit cette prédication qui était arrivée jusqu’à eux de façon orale. C’est ainsi que virent le jour les quatre Evangiles que nous connaissons. Parmi les nombreuses choses parvenues jusqu’à eux, les évangélistes en choisirent quelques unes, en résumèrent d’autres, en expliquèrent enfin d’autres pour les adapter aux nécessités du moment des communautés pour lesquelles ils écrivaient. Le besoin d’adapter les paroles de Jésus à des exigences nouvelles et diverses a eu une influence sur l’ordre selon lequel les faits sont racontés dans les quatre Evangiles, sur la coloration et l’importance qu’ils revêtent, mais n’en a pas altérer la vérité fondamentale. La précision avec laquelle ils situent la vie du Christ dans le temps et l’espace montre que les évangélistes avaient, autant qu’il était possible à cette époque, une préoccupation historique et pas seulement édifiante. Un peu plus loin, Luc nous fournit toutes les références politiques et géographiques du début du ministère public de Jésus (cf. Lc 3,1-2).

Les trekkies ont beau être fascinés par les personnages de Kirk et de Spock et courir les congrès de science-fiction dans l’espoir de rencontrer leurs héros, ils savent très bien que ce sont des personnages inventés. Les amateurs de Star Trek (sauf les rares cas souffrant de déséquilibre mental, s’ils existent) savent certainement faire la différence entre Spock et Leonard Limoy, entre les films et la réalité, et peu d’entre eux je crois seraient prêts à mourir une mort attroce devant des «anti-trekkies» pour justifier leur passe-temps. Lorsque les hommes de Lycaonie (Turquie actuelle) prirent Paul et Barnabé pour les dieux Hermès et Zeus en raison d’un miracle obtenu par Paul, les apôtres ne prirent pas de temps à leur rappeler la vérité :

« Nous ne sommes que des hommes, tout comme vous! Nous vous annonçons la Bonne Nouvelle : détournez-vous des faux dieux, et convertissez-vous au Dieu vivant, lui qui a fait le ciel, la terre, la mer, et tout ce qu’ils contiennent.» (Actes 14,15).

Saint Barnabé (dont c’est la fête liturgique aujourd’hui), priez pour nous!

Je serai curé de Sainte-Anne-de-Bellevue et Corpus Christi

C’est maintenant officiel. Notre archevêque le Cardinal Jean-Claude Turcotte me donne le mandat de curé de Sainte-Anne-de-Bellevue (où j’exerce la responsabilité d’administrateur paroissial depuis octobre dernier) et de Corpus Christi à partir du mois de septembre 2009. Je suis heureux de cette nomination et je vous invite à prier pour moi!

NOMINATIONS DANS LE DIOCÈSE

M. Robert GAGNÉ, p.s.s., curé de Notre-Dame et St-Jacques et chapelain des chapelles N.-D.-de-Bon-Secours et N.-D.-de-Lourdes;
Fr. Frederick KIROUAC, Parochial Administrator of St. Veronica;
Abbé Paul MARIER, curé de St-Benoît, sans préjudice de sa tâche de curé de Saint-Isaac-Jogues;
Abbé Benoît MORRIER, curé de Ste-Anne-de-Bellevue et de Corpus Christi;
Abbé Duc Nam (Pierre) TRAN, administrateur paroissial de St-Nazaire, sans préjudice de sa tâche de curé de St-Télesphore;
Abbé Gabriel VILLEMURE, curé de St-Jean-Baptiste-de-la-Salle.

Renouvellement(s)/renewals

Fr. Louis CERULLI, Parochial Administrator of St. Richard;
Abbé Pierre GAGNÉ, administrateur paroissial de Ste-Suzanne;
Fr. Peter SABBATH, Pastor of Holy Name of Jesus.

source : Courriel du mercredi (2009-06-10)

La lumière et le feu

Extraits du message de Benoît XVI pour la célébration de la Veillée Pascale

Saint Grégoire de Tours (VIe siècle) parle d’un usage qui s’est conservé longtemps, [celui] de prendre le feu nouveau pour la célébration de la Veillée pascale directement du soleil, au moyen d’un cristal : on recevait, à nouveau pour ainsi dire, lumière et feu du ciel, pour en allumer ensuite toutes les lumières et les feux de l’année. C’est un symbole de ce que nous célébrons dans la Veillée pascale. Par son amour, qui a un caractère radical et dans lequel le cœur de Dieu et le cœur de l’homme se sont touchés, Jésus Christ a vraiment pris la lumière du ciel et l’a apportée sur la terre – la lumière de la vérité et le feu de l’amour qui transforment l’être de l’homme. Il a apporté la lumière, et maintenant nous savons qui est Dieu et comment est Dieu. De ce fait, nous savons aussi comment sont les choses qui concernent l’être humain; ce que nous sommes, nous, et dans quel but nous existons. Etre baptisés signifie que le feu de cette lumière est descendu jusqu’au plus intime de nous-mêmes. C’est pourquoi, dans l’Église ancienne, le Baptême était appelé aussi le Sacrement de l’illumination : la lumière de Dieu entre en nous ; nous devenons ainsi nous-mêmes fils de la lumière.

Cette lumière de la vérité qui nous indique le chemin, nous ne voulons pas la laisser s’éteindre. Nous voulons la protéger contre toutes les puissances qui veulent l’éteindre pour faire en sorte que nous soyons dans l’obscurité sur Dieu et sur nous-mêmes. De temps en temps, l’obscurité peut sembler commode. Je peux me cacher et passer ma vie à dormir. Cependant, nous ne sommes pas appelés aux ténèbres mais à la lumière. Dans les promesses baptismales, nous allumons, pour ainsi dire, de nouveau cette lumière, année après année : oui, je crois que le monde et ma vie ne proviennent pas du hasard, mais de la Raison éternelle et de l’Amour éternel, et qu’ils sont créés par le Dieu tout-puissant.

Oui, je crois qu’en Jésus Christ, par son Incarnation, par sa croix et sa Résurrection, s’est manifesté le Visage de Dieu ; et qu’en Lui Dieu est présent au milieu de nous, qu’il nous unit et nous conduit vers notre but, vers l’Amour éternel. Oui, je crois que l’Esprit Saint nous donne la Parole de vérité et illumine notre cœur ; je crois que dans la communion de l’Église nous devenons tous un seul Corps avec le Seigneur et ainsi nous allons à la rencontre de la résurrection et de la vie éternelle. Le Seigneur nous a donné la lumière de la vérité. Cette lumière est en même temps feu, force qui vient de Dieu, force qui ne détruit pas, mais qui veut transformer nos cœurs, afin que nous devenions vraiment des hommes et des femmes de Dieu et que sa paix devienne efficace en ce monde.   

Horaire du Triduum Pascal 2009

Vendredi Saint :

- Office de la Passion à 15h00

- Chemin de Croix à 19h30

Samedi Saint :

- Veillée Pascale à 19h30

Dimanche de Pâques:

- Célébration eucharistique du jour de Pâques à 10h30

BONNES CÉLÉBRATIONS ET JOYEUSES PÂQUES À TOUS!

La passion anti-catholique de M. Gendron

Stéphane Gendron est chroniqueur du Journal de Montréal et maire de Huntington. Il a son propre blogue et son site personnel.

Et il dit des bêtises.

Voici ces bêtises, dans l’ordre où elles apparaissent dans le texte. (Prenez-vous un café… c’est un peu long).

1) « L’Église catholique – comme d’autres mouvements religieux organisés – a le mépris de la femme et la traite comme un être inférieur depuis des siècles. « 

Sed Contra :Jean-Paul II, encyclique « Familiaris Consortio » (n.22) : « Au sujet de la femme, il faut noter avant tout sa dignité et sa responsabilité égales à celles de l’homme: cette égalité trouve une forme singulière de réalisation dans le don réciproque de soi entre les époux et dans le don d’eux-mêmes à leurs enfants; un tel don est propre au mariage et à la famille. Ce dont la raison humaine a l’intuition et ce qu’elle reconnaît est révélé en plénitude par la Parole de Dieu: l’histoire du salut, en effet, est un témoignage continuel et lumineux de la dignité de la femme.

En créant l’être humain «homme et femme», Dieu donne la dignité personnelle d’une manière égale à l’homme et à la femme, en les enrichissant des droits inaliénables et des responsabilités propres à la personne humaine. Puis Dieu manifeste la dignité de la femme de la façon la plus élevée possible en assumant Lui-même la chair de la Vierge Marie, que l’Eglise honore comme la Mère de Dieu en l’appelant la nouvelle Eve et en la proposant comme modèle de la femme rachetée. La délicate affection de Jésus envers les femmes qu’il a appelées à le suivre et auxquelles il a offert son amitié, son apparition le matin de Pâques à une femme avant de se montrer aux autres disciples, la mission confiée aux femmes de porter la bonne nouvelle de la Résurrection aux Apôtres, tout cela constitue des signes confirmant l’estime spéciale du Seigneur Jésus envers la femme. »

L’Église a toujours tenu en grande estime les femmes, comme en témoignent la reconnaissance des nombreuses saintes et martyres dès les premiers siècles, vénérées par toute l’Église.

2) « il existe toute une morale sexuelle qui fait des plaisirs de la chair une question douloureuse et controversée. »

Sed Contra : Catéchisme de l’Église Catholique n.2362 « Les actes qui réalisent l’union intime et chaste des époux sont des actes honnêtes et dignes. Vécue d’une manière vraiment humaine, ils signifient et favorisent le don réciproque par lequel les époux s’enrichissent tous les deux dans la joie et la reconnaissance  » (GS 49, § 2). La sexualité est source de joie et de plaisir : ‘Le Créateur lui-même (…) a établi que dans cette fonction [de génération] les époux éprouvent un plaisir et une satisfaction du corps et de l’esprit. Donc, les époux ne font rien de mal en recherchant ce plaisir et en en jouissant…’ (Pie XII, discours 29 octobre 1951). »

3) À travers les siècles, la chrétienté a considéré le sexe comme intimement lié à la reproduction. Il s’agissait d’un mal nécessaire dont on ne pouvait tirer d’autres bénéfices.

Sed Contra : Que l’acte sexuel entre un homme et une femme soit intimement lié à la reproduction, cela va de soit. Affirmer le contraire serait idiot (ou comme le disait Paul VI de façon plus modérée : ‘ l’intelligence découvre, dans le pouvoir de donner la vie, des lois biologiques qui font partie de la personne humaine’). Mais que la chrétienté (?) ait affirmé qu’il s’agit d’un acte « dont on ne peut tirer d’autres bénéfices » est faux. L’Église compte même dans ses Saintes Écritures un poème érotique (le Cantique des Cantiques) !

« A la question fondamentale posée sur la nature du bien du mariage, Saint Augustin (Père de l’Église, IVe siècle) répond en écartant d’abord la thèse qui soutenait que l’unique raison de la bonté intrinsèque du mariage était la procréation: certainement, la procréation des enfants est un bien du mariage, mais elle n’en est pas la raison exclusive. Saint Augustin montre que la bonté originelle de l’union de l’homme et de la femme est enracinée dans la société naturelle que crée cette union: l’union conjugale, la société conjugale, qui possède en elle une orientation intrinsèque à la procréation (De Bono coniugali III,3). Si c’était la procréation des enfants qui était la cause exclusive de la bonté du mariage, et non la société conjugale de l’homme et de la femme en elle-même, alors on ne pourrait appeler mariage l’union de personnes âgées, ou l’union de personnes dont l’une serait stérile: alors que les années ont consumé la force de la jeunesse, la loi de l’amour conjugal persiste entre mari et femme. » (Sacrée Congrégation pour la famille)

4) Le sexe est devenu sale et gênant. D’ailleurs, le plaisir demeure toujours dans la liste des péchés capitaux rattachés à l’être humain. Rien de plus ridicule et dépassé. N’importe quel psychologue vous dira qu’une vie sexuelle axée sur le plaisir et sa recherche fait partie du développement normal de l’être humain.

Sed Contra : Outre le discours de Pie XII mentionné plus haut, nous n’avons qu’à lire la phrase suivante de Karol Wojtila (i.e., Jean-Paul II) pour réaliser que l’Église aujourd’hui n’est pas prude lorsqu’il est question du plaisir sexuel : «Il faut exiger que, dans l’acte sexuel, l’homme ne soit pas le seul à atteindre le point culminant de l’excitation sexuelle et que cela se produise avec la participation de la femme, et non à ses dépens.» (Amour et Responsabilité). Je crois que Stéphane Gendron veut parler du péché de luxure (recherche désordonnée du plaisir) et non du plaisir lui-même, qui peut être parfaitement légitime! « Ou l’homme commande à ses passions et obtient la paix, ou il se laisse asservir par elles et devient malheureux » (cf. Si 1, 22).

Pour ce qui est de la « nécessité d’une vie sexuelle » pour l’épanouissement de l’être humain, je cite ce commentaire pertinent que j’ai trouvé sur le site du Salon Beige : « Il suffit de regarder la vie des saints pour comprendre que religieuses ou prêtres ou moines, pour ceux qui furent des personnes consacrées, ils gardèrent une psychologie et une affectivité liée à leur sexualité : elle s’est épanouie en chacun dans un charisme de l’abandon à Dieu et du don aux autres qui les individualise bien plus que « l’activité sexuelle ». Cathérine de Sienne ou Thérèse, St François, St jean de la Croix ou Charles de Foucauld témoignent de ce que leurs capacités à aimer s’est exprimée pleinement dans le renoncement à la « vie sexuelle » des sexologues contemporains, mais que leur individualité psychique est demeurée en chacun profondement marquée par leur nature sexuée. Ils n’ont pas exprimé leur amour dans l’uniformité, mais dans une diversité, une complexité et une richesse individuelle que le vagabondage sexuel prôné par la pensée ordinaire n’atteint jamais. Et qui témoigne que la sexualité équilibrée ne réside pas dans la génitalité, mais dans un équilibre de l’âme par rapport à la vitalité naturelle et à sa pulsion, la chasteté étant donc dans ce sens autant proposée aux gens mariés qu’aux personnes consacrées. » (Pascal G.)

5) Bien sûr, on peut retourner aux préceptes des interdits sur la pratique homosexuelle, la masturbation ou l’échangisme et y trouver des interdits dans l’Ancien Testament. Faut-il rappeler que ces textes – archaïques ont été rédigés par des hommes, il y a de cela plusieurs milliers d’années?

Sed Contra : Passons le fait que pour les chrétiens, l’Écriture Sainte est inspirée par Dieu. Cela est un acte de foi et Stéphane Gendron n’est certes pas obligé d’y croire. Mais difficile de passer sous silence cette assomption plutôt snob selon laquelle les hommes qui ont vécu il y a « plusieurs milliers d’années » – et tous ceux qui les ont suivi pendant des siècles jusqu’à la « Révolution sexuelle » des années 60- étaient ignares lorsqu’ils réfléchissaient et philosophaient sur les principes moraux humains de base. Heureusement que Simone de Beauvoir, Alfred Kinsey et Janette Bertrand sont venus réveiller l’intelligence humaine!

6) La position de l’Église sur l’homosexualité demeure toujours basée sur l’exclusion. Dans quelques textes publiés à l’époque de Jean-Paul II, on a cru déceler une certaine compréhension.

Sed Contra: Le texte du Catéchisme de l’Église catholique (n.2358) publié à l’époque de Jean-Paul II (1993) réflète toujours l’enseignement actuel de l’Église. Il n’y a eu aucune révision à ce sujet : « Un nombre non négligeable d’hommes et de femmes présente des tendances homosexuelles foncières. Cette propension, objectivement désordonnée, constitue pour la plupart d’entre eux une épreuve. Ils doivent être accueillis avec respect, compassion et délicatesse. On évitera à leur égard toute marque de discrimination injuste. » Ou encore, ce passage de la lettre aux évêques sur la pastorale à l’égard des personnes homosexuelles (signée par le Cardinal Joseph Ratzinger, i.e. futur Benoît XVI) : « Il faut fermement déplorer que les personnes homosexuelles aient été et soient encore l’objet d’expressions malveillantes et de gestes violents. Pareilles réactions, où qu’elles apparaissent, méritent la condamnation des pasteurs de l’Eglise. Elles manifestent un manque de respect pour les autres qui lèse les principes élémentaires sur lesquels se fonde une juste convivialité civile. La dignité propre de toute personne doit toujours être respectée dans les paroles, dans les actions et dans les législations. »

7) On demande donc aux homosexuels d’être abstinents et de résister à leur état, pourtant jugé naturel par la science! L’exclusion demeure de mise.

Voici le passage pertinent de la lettre aux Évêques à ce sujet : « Que doit faire dès lors une personne homosexuelle qui cherche à suivre le Seigneur ? Fondamentalement, ces personnes sont appelées à réaliser la volonté de Dieu dans leur vie, en unissant au sacrifice de la croix du Seigneur les souffrances et les difficultés qu’elles peuvent éprouver du fait de leur condition. Pour le croyant, la croix est un sacrifice fécond, puisque de cette mort surgissent la vie et la rédemption. Même si on peut prévoir la dérision dont sera l’objet chez certains pareille invitation à porter la croix et à comprendre de cette manière la souffrance du chrétien, il convient de se rappeler que telle est la voie du salut pour tous ceux qui suivent le Christ. » Et le Catéchisme précise (n. 2359) : « Les personnes homosexuelles sont appelées à la chasteté. Par les vertus de maîtrise, éducatrices de la liberté intérieure, quelquefois par le soutien d’une amitié désintéressée, par la prière et la grâce sacramentelle, elles peuvent et doivent se rapprocher, graduellement et résolument, de la perfection chrétienne. » Cet appel à la chasteté suscite la dérision tout comme le discours de Jésus sur l’indissolubilité du mariage (Mt 19, 1-12) suscita une dérision semblable chez ses contemporains. Jésus répondit : « Tous ne comprennent pas cette parole, mais seulement ceux à qui cela est donné. Car il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère; il y en a qui le sont devenus par les hommes; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne. » (Mt 19, 11-12).

Comme le disent les anglais, l’affirmation « pourtant jugé naturel par la science » begs the question (provoque la question) : quelle science? Certainement pas la science psychiatrique de Freud : « Freud rejette les hypothèses de caractère inné ou acquis en ce qui concerne la genèse de l’homosexualité. L’existence d’invertis amphigènes ou occasionnels tend à réfuter le caractère inné de l’homosexualité, c’est-à-dire que l’homosexualité n’a pas forcément toujours existé chez un sujet. D’autre part, en ce qui concerne le caractère acquis, il s’avère qu’une expérience homosexuelle ne détermine pas une sexualité homosexuelle future. Pour Freud, l’homosexualité ne relève pas d’une sexualité déviante mais, consiste en un inachèvement du parcours vers l’hétérosexualité, qui tient en la rencontre de trois types d’obstacles. Le développement psychosexuel s’interrompt : l’homosexuel renonce à la procréation. Il ne s’est pas affranchi du stade où la libido abandonne le corps propre, perçu comme objet d’amour, pour se porter sur un autre corps qui lui ressemble. »

Mais peut-être M. Gendron veut-il parler de la science de la nature, i.e., l’observation des comportements homosexuels chez certains animaux et certains insectes. Mais il est aussi possible d’observer chez certains animaux de la coprophagie, de l’inceste et d’autres encore qui mangent leurs petits. Ce qui se trouve dans la « nature » n’est pas toujours pour autant « naturel » (du point de vue philosophique, c’est-à-dire la juste finalité d’un objet ou d’un acte; c’est ce que l’Église entend lorsqu’elle parle d’un acte qui est « intrinsèquement désordonné »). De plus, comme le dit saint Paul dans la lettre aux Romains (8,19-21), la nature elle-même est blessée : « La création attend avec impatience la manifestation des fils de dieu. Assujettie à la vanité, non de son gré, mais par le volonté de celui qui l’y a soumise, elle garde l’espoir qu’elle aussi, la création, sera affranchie de l’esclavage de la corruption pour participer à la liberté glorieuse des enfants de Dieu.« 

8 ) Même chose pour les divorcés. Exclusion de l’Église, avec une certaine sympathie.

Sed Contra : Jean-Paul II, Familiaris Consortio : « Divers motifs, tels l’incompréhension réciproque, l’incapacité de s’ouvrir à des relations interpersonnelles, etc., peuvent amener à une brisure douloureuse, souvent irréparable, du mariage valide. Il est évident que l’on ne peut envisager la séparation que comme un remède extrême après que l’on ait vainement tenté tout ce qui était raisonnablement possible pour l’éviter.

La solitude et d’autres difficultés encore sont souvent le lot du conjoint séparé, surtout s’il est innocent. Dans ce cas, il revient à la communauté ecclésiale de le soutenir plus que jamais, de lui apporter estime, solidarité, compréhension et aide concrète afin qu’il puisse rester fidèle même dans la situation difficile qui est la sienne; de l’aider à cultiver le pardon qu’exige l’amour chrétien et à rester disponible à une éventuelle reprise de la vie conjugale antérieure.

[...] J’exhorte chaleureusement les pasteurs et la communauté des fidèles dans son ensemble à aider les divorcés remariés. Avec une grande charité, tous feront en sorte qu’ils ne se sentent pas séparés de l’Eglise, car ils peuvent et même ils doivent, comme baptisés, participer à sa vie. On les invitera à écouter la Parole de Dieu, à assister au Sacrifice de la messe, à persévérer dans la prière, à apporter leur contribution aux oeuvres de charité et aux initiatives de la communauté en faveur de la justice, à élever leurs enfants dans la foi chrétienne, à cultiver l’esprit de pénitence et à en accomplir les actes, afin d’implorer, jour après jour, la grâce de Dieu. Que l’Eglise prie pour eux, qu’elle les encourage et se montre à leur égard une mère miséricordieuse, et qu’ainsi elle les maintienne dans la foi et l’espérance! »

9) Par ailleurs, la position de l’Église, soutenue par Benoît XVI, en matière d’avortement, a de quoi nous faire lever le coeur.

Sed Contra : Sérieusement, la position de l’Église peut-elle faire monter le coeur plus que la réalité terrible de l’avortement lui-même? (avertissement: photos de foetus avortés).

10) Les récents événements au Brésil entourant cette pauvre enfant de 9 ans enceinte de jumeaux, d’un beau-père incestueux, suscitent l’incompréhension. Au lieu d’exclure cet évêque brésilien sans génie qui a imposé l’excommunication aux médecins et à la mère de cet enfant, le Vatican l’a supporté dans la procédure d’exclusion.

Sed Contra: Mgr Rino Fisichella, président de l’Académie pontificale pour la vie : « Techniquement, le Code de droit canonique utilise l’expression latae sententiae pour indiquer que l’excommunication a lieu au moment même ou le fait [l'avortement] se produit. Nous considérons qu’il n’était pas nécessaire de rendre si vite public et avec autant de publicité un fait qui se produit de manière automatique. [Autrement dit : tout avortement provoque de facto une peine d'excommunication, à la mesure où les critères de validité d'une telle peine sont présents. Ce n'est pas l'évêque qui a imposé l'excommunication mais il l'a rendue inutilement publique]. Ce dont nous ressentons le plus le besoin en ce moment est le signe d’un témoignage de proximité avec celui qui souffre, un acte de miséricorde qui, tout en conservant fermement le principe, est capable de regarder au-delà du domaine juridique pour parvenir à ce que le droit lui-même prévoit comme objectif de son existence : le bien et le salut de ceux qui croient dans l’amour du Père et de ceux qui accueillent l’Evangile du Christ comme les enfants, ceux que Jésus appelait à ses côtés et serrait dans ses bras en disant que c’est à ceux qui sont comme eux qu’appartient le royaume des cieux. Carmen [nom fictif], nous sommes avec toi. Nous partageons avec toi la souffrance que tu as éprouvée, nous voudrions tout faire pour te rendre la dignité dont tu as été privée et l’amour dont tu auras encore plus besoin ; ce sont d’autres personnes qui méritent l’excommunication et notre pardon, non pas ceux qui t’ont permis de vivre et qui t’aideront à retrouver l’espérance et la confiance malgré la présence du mal et la méchanceté de nombreuses personnes. » (source)

11) Lors d’une entrevue qu’elle donnait à la télévision de Radio-Canada, Mère Teresa avait déjà affirmé que les femmes violées par les soldats en Bosnie devaient refuser l’avortement et accepter le fardeau de la maternité en priant Dieu. Pour une femme qui n’a jamais enfanté et qui n’a jamais vaqué à des occupations maternelles, il y a de quoi réfléchir. Doit-on proposer cette femme comme modèle à l’Humanité, comme on s’apprête à le faire en la canonisant sur l’autoroute des saints à bon marché? Mère Teresa ne représente pas un modèle ni un exemple pour la femme de notre monde, mais plutôt un triste exemple de soumission qui va à l’encontre de l’égalité de la femme.

Terrible argument ad hominem de la part de Stéphane Gendron. Il s’en prend à une figure de compassion largement respectée dans le monde même par des non-croyants, une personne qui a absolument tout donné pour prendre soin des plus pauvres d’entre les pauvres, qui a passé des heures innombrables auprès des malades, des lépreux, des sidatiques et des orphelins, à les soigner, à les écouter. Mère Teresa n’a peut-être jamais enfanté biologiquement, mais affirmer qu’elle n’a jamais vaqué à des occupations maternelles relève de la pire mesquinerie et méchanceté. Pour ce qui est de l’affirmation qu’elle fut un « triste exemple de soumission qui va à l’encontre de l’égalité de la femme », c’est une autre phrase déplorable qui ne trouve aucun écho dans la réalité. Elle a su démontrer au contraire (en exemple, par seulement en paroles) la grande dignité de la femme et sa vocation la plus noble : être une présence d’amour et de miséricorde dans le monde. De plus, elle savait tenir tête aux hommes qu’elle rencontrait, que ces hommes soient des chefs d’états, des politiciens, des journalistes ou des figures religieuses (même de l’Église). Elle n’était soumise à personne sinon au Christ qu’elle voulait servir le mieux possible dans les pauvres.

12) Par ses bourdes récentes, l’Église catholique vient d’enfoncer un autre clou dans son cercueil en Occident. Elle fait preuve d’extrémisme et d’exclusion. Le syndrome des églises vides n’est pas qu’une simple coïncidence historique.

Ce n’est pas la première fois dans l’histoire de l’Église que les églises se vident. En fait, toutes les fois où les hommes ont « préféré les ténèbres à la lumière » (cf. Jean 3,14-21) , le péché à la grâce, il y a eu une baisse significative dans la pratique religieuse. (Tout en admettant qu’il existe de nombreuse raisons pour cet abandon de la pratique religieuse). Malgré tout, même en occident, il y a de nombreuses églises et communautés catholiques bien vivantes, populaires même auprès des jeunes adultes. Stéphane Gendron devrait aller se promener un peu avant de faire des généralisations à l’emporte-pièce.

13) Le jour où l’Église sera soumise aux dispositions de nos Chartes des droits et libertés, elle cessera de nous empoisonner la vie sur une base quotidienne.

Et voilà le « gros morceau » : l’Église empoisonne sur une base quotidienne la conscience de M. Gendron. Toutefois ironique que ce sont les memes Chartes des droits et libertés qui garantissent la liberté religieuse et la liberté de conscience qui permettent à M. Gendron d’exiber publiquement– dans un journal de plus d’un million de lecteurs– ses mesquins (et souvent erronés) propos anti-catholiques. Elles lui permettent d’empoisonner non seulement la vie des croyants mais aussi leur intellect.

Si le Journal de Montréal voulait faire preuve de bonne volonté, il exigerait que ses journalistes et chroniqueurs suivent rigoureusement le code de déontologie qui leur est propre.

Je termine cet exercice de « correction fraternelle » en renvoyant le lecteur de ce blogue à l’excellent article de Carl Bergeron (L’intelligence conséquente) intitulé : La passion anti-catholique, l’excitation du moderne. Il est difficile de ne pas apprécier l’éloquence, l’humour et la justesse des propose de M. Bergeron qui commente à sa façon– avec une verve qui lui est propre– le dernier préjugé acceptable.

ANNEXE

Guide de déontologie des journalistes du Québec
Adopté en assemblée générale le 24 novembre 1996

VÉRITÉ ET RIGUEUR

3 a) Les journalistes ont l’obligation de s’assurer de la véracité des faits qu’ils rapportent au terme d’un rigoureux travail de collecte et de vérification des informations. Ils doivent corriger leurs erreurs avec diligence et de façon appropriée au tort causé.

3 b) Les journalistes doivent situer dans leur contexte les faits et opinions dont ils font état de manière à ce qu’ils soient compréhensibles, sans en exagérer ou en diminuer la portée.

3 c) Les titres et présentations des articles et reportages ne doivent pas exagérer ni induire en erreur.

3 d) Les journalistes doivent départager soigneusement ce qui relève de leur opinion personnelle, de l’analyse et de l’information factuelle afin de ne pas engendrer de confusion dans le public. Les journalistes s’en tiennent avant tout au compte rendu précis des faits. Dans les genres journalistiques comme les éditoriaux, les chroniques et les billets ou dans le journalisme engagé, où l’expression des opinions prend une large place, les journalistes doivent tout autant respecter les faits.

3 e) Une rumeur ne peut être publiée sauf si elle émane d’une source crédible, et si elle est significative et utile pour comprendre un événement. Elle doit toujours être identifiée comme une rumeur. Dans le domaine judiciaire, la publication de rumeurs est à proscrire.

3 f) Les journalistes doivent respecter fidèlement le sens des propos qu’ils rapportent. Les citations, les rapprochements, les ajouts sonores, etc. ou leur séquence ne doivent pas dénaturer le sens de ces propos.