Démêler Marie, Marie, Marie et Marie

L’Église célèbre aujourd’hui la fête de Sainte Marie-Madeleine :

Connue sous le nom de Marie-Madeleine, Marie de Magdala, c’est-à-dire originaire de la ville de Magdala (de l’hébreu migdal, tour) sur la rive occidentale du lac de Tibériade, était une femme qui, selon le Nouveau Testament a été délivrée de sept démons par Jésus (Lc 8, 2). Elle devint une de ses disciples — peut-être la disciple la plus importante du Christ parmi les femmes — et l’a suivi jusqu’à sa mort (Mc 15, 40-41). Elle fut le premier témoin de la Résurrection de Jésus (Mc 16, 1s). (Source : Wikipedia)

De façon erronée, Marie-Madeleine a souvent été identifiée avec la femme pécheresse mentionnée en Luc 7, 35-50 (qui entre dans la maison de Simon le pharisien pour baigner de larmes les pieds de Jésus) et parfois même — comme c’est le cas dans le film de Mel Gibson La Passion du Christ — avec la femme adultère en Jean 8 (”Que celui qui n’a jamais péché lui lance la première pierre”). Aucune source biblique ou extra-biblique du 1er siècle n’indique cependant que Marie-Madeleine aurait été une femme adultère ou une prostituée avant sa conversion. L’Église primitive tenait Marie-Madeleine en grande estime, lui donnant le beau titre d’”Apôtre des Apôtres” en raison du rôle qu’elle a joué le jour de la résurrection.

Il y a aussi trois autres Marie dans les évangiles :

- Marie, la soeur de Marthe et de Lazare (appelée aussi Marie de Béthanie). Marie, soeur de Marthe, fut aussi longtemps identifiée à Marie-Madeleine dans l’Église catholique (par exemple : Grégoire le Grand Homiliae in Evangelium 2, 33). Il est facile de comprendre pourquoi : Marie (soeur de Marthe) a versé un parfum précieux sur les pieds de Jésus et les a essuyés avec ses cheveux (Jean 12,3). Ce geste évoque de près celui de la femme pécheresse en Luc 7, elle-même confondue avec Marie-Madeleine! Bien que rien ne permet dans les Évangiles d’identifier l’une à l’autre de manière définitive, certaines révélations privées ont abondé dans ce sens

- Marie, femme de Clopas, qui se tenait avec Marie-Madeleine au pied de la croix. Cette 3e Marie, la soeur (belle-soeur?) de la Vierge Marie (Jean 19,25), serait la mère de Jacques le Mineur (voir article “Démêler Jacques, Jacques et Jacques“).

- Enfin, il y a bien sûr Marie, femme de Joseph et mère de Jésus : la Vierge Marie.

Le nom “Marie” (hébreux : Miriam) et ses dérivés étaient parmi les noms de femmes les plus populaires de l’époque (en l’honneur de Myriam, la soeur de Moïse, très vénérée dans la religion juive). Les trois autres noms les plus populaires étaient Marthe, Salomé et Shelamzion (”La paix de Sion”) (source).

L’idée selon laquelle Marie-Madeleine aurait été la “compagne” de Jésus– voire son épouse– provient d’une interprétation libre d’un texte gnostique datant du deuxième siècle : l’Évangile selon Philippe :

Cet évangile gnostique […] souligne l’intimité entre Jésus et Marie Madeleine. Il dit que Marie Madeleine était la compagne de Jésus et que Jésus “l’aimait plus que tous les disciples et l’embrassait souvent sur la bouche” (verset 45 ou 55 selon les éditions). [Or] L’intimité exprime, dans la philosophie gnostique, une relation mystique entre l’âme et Dieu. Tout, dans l’Évangile de Philippe, parle de «noces spirituelles» entre Dieu (ou le Christ) et l’âme humaine. Pour la gnose, les épisodes de l’Évangile expriment des enseignements doctrinaux. L’épisode des baisers à Marie Madeleine exprime l’amour du Christ pour les hommes. Le baiser [dans la compréhension gnostique] est un symbole initiatique. Dans les textes gnostiques, la chair et la sexualité sont déconsidérées. Il ne s’agit donc pas de relation sexuelle et de mariage.Le gnosticisme est une philosophie qui prétend avoir une connaissance suprême de Dieu par initiation. “L’Évangile selon Philippe” n’est pas une vie de Jésus, mais une méditation ou une réflexion philosophique sur le message de l’Évangile et sur la pratique chrétienne des sacrements. La communion eucharistique est aussi présentée comme une noce spirituelle avec Dieu. (source).

Pour mettre fin aux spéculations sur une possible union entre Marie-Madeleine et le Christ, il faut souligner que l’Église du 1er siècle ne fait aucune mention de ce fait. Les femmes de fondateurs de religion sont toujours connues et honorées par les fidèles. Si une “madame Marie de Jésus” avait vécue à Jérusalem au début du christianisme, il y aurait des écrits à ce sujet (et encore plus si le couple avait eu un enfant puisque le fils ou la fille du Fondateur– fils ou fille du Fils de Dieu!– aurait eu incontestablement une place privilégiée dans la vie de l’Église naissante). Au contraire, non seulement les Évangiles ne font aucune mention de ce type de relation, mais Saint Paul présente l’Église comme étant l’épouse du Christ (Lettre aux Éphésiens 5, 21-32) – métaphore qu’il n’aurait jamais utilisée s’il y avait déjà une Madame Jésus connue des chrétiens. (Merci à Jimmy Akin pour cet argument).

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